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  Dernière mise à jour : 9 décembre 2012

Woippy et les événements d'Algérie

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Pendant les événements d'Algérie, de 1954 à 1962, les habitants de Woippy accompagnèrent au cimetière du village les corps de trois enfants de la commune :
  - Le jeudi 5 septembre 1957, le parachutiste Paul SIMON, 22 ans.
  - Le mardi 16 avril 1958, le sergent-parachutiste Hubert COLINET, 20 ans.
  - Le jeudi 24 avril 1958, le sergent-chef Lucien MANGENOT, 29 ans.

Ci-dessous, les articles de journaux rapportant ces cérémonies :
(RL : Républicain Lorrain , LL : Le Lorrain ).



Paul SIMON

Lundi 17 juin 1957 (RL)
Extrait du compte-rendu de la Fête des Fraises

Paul SIMON
Mort pour la France
(1935-1958)

(…)
Aux enfants de Woippy morts pour la France
Quelques instants plus tard, les invités étaient reçus officiellement en l'hôtel de ville par M. Jungling et les conseillers municipaux. Puis, selon la coutume, le cortège se reforma et se dirigea vers le monument aux morts. Une émouvante cérémonie s'y déroula, au cours de laquelle des gerbes de fleurs furent déposées par la reine des Fraises et la reine du Football au nom des diverses sociétés.
Mais dans un geste qui l'honore, M. Kopp, au nom du groupement des sociétés tint, à son tour, à fleurir le monument, à la mémoire de Paul Simon, enfant de Woippy, tombé en Algérie le 12 juin dernier et dont la nouvelle du décès a endeuillé cette fête des Fraises. Une minute de silence fut observée à la mémoire de tous les disparus et l'Union Philharmonique du Sablon exécuta la « Marseillaise ».
(…)

Jeudi 20 juin 1957 (RL)
Une famille cruellement éprouvée
C’est avec une certaine émotion que la population de Woippy apprit la semaine dernière la mort de M. Paul SIMON, fils de M. et Mme Simon honorablement connus, tombé dans un combat en Algérie à l’âge de 22 ans. La mort du brave jeune homme, très estimé, a provoqué une certaine émotion dans la cité des fraises, étant donné que c’est le premier du village qui tombe depuis les événements d’Indochine et d’Algérie. La triste nouvelle a été annoncée à la famille par M. Jungling, maire de Woippy.
Un service de requiem sera célébré samedi prochain en l’église paroissiale à la mémoire du jeune soldat. A cette occasion, tous les porte-drapeau des sociétés patriotiques, pompiers, se feront un devoir d’assister au service religieux. Rassemblement à 9 h. 45 devant l’église. Nous présentons à la famille nos sincères condoléances.

Mardi 3 septembre 1957 (LL)
RETOUR DE CORPS
C’est jeudi prochain 5 septembre que le corps de Paul Simon, tombé le 12 juin au champ d’honneur en Algérie sera rendu à sa famille.
A cette occasion, les porte-drapeau des différentes associations ainsi que les porteurs de gerbes sont priés de se réunir à 8 h. 30 devant l’église où le corps sera déposé. Les écoliers et le conseil municipal se réuniront à 9 h. 30 devant l’hôtel de ville. Le service de « Requiem » aura lieu à 10 heures à l’église paroissiale.

Mardi 3 septembre 1957 (RL)
Retour du corps du parachutiste Paul SIMON
premier enfant du village tombé en Algérie
Nous apprenons le prochain retour du corps du parachutiste Paul Simon, âgé de 22 ans, tombé le 12 juin dernier au cours d’un engagement à Chefka (Algérie).
L’annonce du décès du jeune soldat, avait, il y a trois mois, endeuillé la fête des fraises, et une gerbe de fleurs avait été alors déposée au pied du monument aux Morts, car Paul Simon était le premier enfant de Woippy tombé en Algérie.
Fils de Mme et M. André Simon, ouvrier à Hagondange, et domicilié dans notre localité, il avait été appelé normalement sous les drapeaux en mai 1956. Après un séjour de quelques mois en Métropole, Paul Simon avait été envoyé en Afrique du Nord en octobre de la même année. Il devait, hélas ! trouver une mort glorieuse en combat.
Les obsèques auront lieu le jeudi 5 septembre en l’église de Woippy.
En ces douloureuses circonstances, nous présentons à ses malheureux parents et à toute la famille nos très sincères condoléances.

Mercredi 4 septembre 1957 (RL)
RETOUR DE CORPS
C’est demain jeudi que le corps de Paul Simon, tombé au champ d’honneur en Algérie, sera rendu à sa famille.
A cette occasion, les porte-drapeau des différentes associations, ainsi que les porteurs de gerbes, sont priés de se réunir à 8 h. 30, devant l’église, où le corps sera déposé. Les écoliers et le Conseil municipal se réuniront, à 9 h. 30, devant l’Hôtel de ville. Le service de Requiem aura lieu, à 10 h., à l’église paroissiale.

Vendredi 6 septembre 1957 (RL)
Tombés au cours d'opérations en Algérie
deux jeunes Lorrains reposent en terre natale
Le parachutiste Paul Simon, à Woippy
C’est dans un recueillement ému que toute la population de Woippy assistait hier aux obsèques d’un des siens, la parachutiste Paul Simon, tombé au cours d’une opération, le 14 juin dernier, en Algérie.
Depuis 8 heures du matin, le corps des sapeurs-pompiers de la localité montait une garde d’honneur auprès du cercueil recouvert d’un drapeau tricolore et d’une amoncellement extraordinaire de couronnes.
L’office funèbre fut célébré par M. l’abbé Bémer, curé de la paroisse, alors que la chorale entonnait les cantiques de circonstance.
Parmi l’assistance l’on pouvait remarquer la présence de M. Jungling, maire de Woippy, entouré des membres du Conseil municipal ; d’une délégation de la brigade de gendarmerie de Metz ; d’une délégation de l’Arsenal. Toutes les sociétés locales étaient également représentées : société d’aviculture, Engagés Volontaires, Souvenir Français, société « L’Union », déportés politiques, « Malgré-Nous », football-club, Relève, combattants de l’Union Françaises, J.O.C., etc… avec leurs drapeaux.
A l’issue de la cérémonie religieuse, un piquet de la 6ème C.R.T. de Metz, rendit les honneurs au disparu.
Le cercueil devait être ensuite chargé dans un fourgon des pompiers et tiré par les « soldats du feu » jusqu’au cimetière.
M. le Maire évoqua alors, dans une brève et émouvante allocution, la vie de Paul Simon, jeune homme sympathique, d’une conduite exemplaire et qui avait su, au sein des divers groupements auxquels il avait appartenu et particulièrement dans l’équipe des sapeurs-pompiers, gagner l’estime et la sympathie de tous.
Les drapeaux s’inclinèrent une dernière fois en souverain hommage. A la famille, si douloureusement éplorée, nous renouvelons nos sincères condoléances.



(LL)
Hier, à 8 h. 30, le corps de Paul Simon, parachutiste, tombé le 12 juin au champ d’honneur en Algérie, a été remis à sa famille, devant l’église paroissiale, escorté par un détachement d’honneur du 6e train, commandé par un aspirant. Le corps des sapeurs-pompiers au complet, dont le défunt avait fait partie, commandé par le lieutenant Hubsch, avait organisé la réception d’une façon impeccable.
A 10 heures, eut lieu la messe de Requiem, chantée par M. l’abbé Bémer, curé de la paroisse. L’église de Woippy, pourtant vaste, s’avéra trop petite pour contenir tous les amis de la famille. La catafalque, orné de la médaille militaire et de la croix de guerre, disparaissait sous un véritable amoncellement de couronnes et de gerbes, pendant que quatre pompiers observaient pendant tout l’office un impeccable garde-à-vous. La chorale, dont le défunt avait été membre, avait mis tout son cœur dans l’exécution des chants émouvants. Et lorsque M. le curé prit la parole pour tirer la morale du sacrifice de notre jeune compatriote, les plus endurcis eurent bien de la peine à cacher leur émotion.
Parmi la nombreuse assistance nous avons reconnu M. Jungling, maire, entouré de ses adjoints et du conseil municipal ; M. Hambourger, commandant la brigade de gendarmerie de Metz ; le corps enseignant au complet, le présidents de toutes les sociétés locales, les enfants des écoles, etc.
A l’issue de la messe, le cercueil, recouvert d’un drapeau tricolore, fut hissé sur la pompe des sapeurs-pompiers et, précédé par dix drapeaux des sociétés patriotiques, parmi lesquels ceux de la Résistance, de la J.O.C., de l’U.N.C., de la Relève, etc., se dirigea, suivi de toute la paroisse ; dans un silence impressionnant, vers le cimetière, où le maire eut des paroles émouvantes pour retracer la vie trop brève de l’un de ses meilleurs administrés.
Puissent ces nombreuses marques de sympathie être un réconfort pour la famille éplorée, à laquelle « le Lorrain » renouvelle ici ses condoléances attristées.


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Copie de la lettre expédiée aux parents de Paul Simon annonçant la mort de leur fils

Secteur Postal 86.397, le 15 juin 1957

18ème REGIMENT DE CHASSEURS PARACHUTISTES
LE COLONEL

Monsieur,

    J’ai le pénible devoir de venir vous annoncer la mort glorieuse au combat de votre fils Paul.
    Le 12 juin, vers midi, il participait avec son peloton à une reconnaissance près de Chekfa dans la région de TAHER, lorsque au cours d’un violent engagement avec les rebelles il fut touché par une balle au thorax et à la jambe gauche. A l’arrivée des renforts il avait cessé de vivre, d’après les constatations médicales la mort a pu être instantanée.
    Je m’incline avec émotion devant votre immense douleur et celle de votre famille.
    Votre fils était un bon camarade, plein d'allant et courageux, il jouissait de l'estime de tous, en particulier de ses Chefs qui avaient apprécié sa valeur. Il est mort en brave dans le combat que nous menons pour la protection des populations sans défense contre le fanatisme d’un adversaire implacable.
    Il repose au cimetière communal de DJIDJELLI ( Département de CONSTANTINE) où les Honneurs Militaires lui ont été rendus en présence de ses Chefs, de ses camarades et de la population. Pendant cette émouvante cérémonie, je lui ai remis la médaille militaire à titre exceptionnel et il a été cité à l'ordre de l’Armée pour sa brillante conduite jusqu'au sacrifice suprême.
    Si vous désirez que son corps soit transféré en Métropole, il vous appartient d’adresser une demande à Monsieur le Ministre des Anciens Combattants par l’intermédiaire du Maire de votre Commune, l’Office Départemental des Anciens Combattants est à votre disposition pour vous conseiller sur les démarches à effectuer.
    Le décès a été enregistré à la Mairie de la Commune de DJIDJELLI (Département de CONSTANTINE).
    Dans un délai aussi court que possible je vous ferai adresser ses affaires personnelles.
    Au besoin, n’hésitez pas à m’écrire, je me ferai un devoir de vous aider.
    Veuillez Monsieur, Recevoir les condoléances émues des Officiers, des Sous-Officiers et des parachutistes du régiment et agréer l’expression de ma douloureuse sympathie.

Le Lt Colonel de BEAUGRENIER
Cdt le 18e R.C.P.
(Photographie et document ci-dessus aimablement mis à disposition par Madame Marcelle SIMON)



Hubert COLINET

Samedi 8 mars 1958 (RL)

Hubert COLINET
Mort pour la France
(1937-1958)

Enfant de Woippy, le sergent parachutiste
Hubert COLINET trouve la mort en Algérie
C’est avec consternation que la population a appris le décès du sergent Hubert Colinet, tombé dans les parages de Tebessa dans le Constantinois, au cours d’une embuscade à laquelle il participait en tant que sergent parachutiste.
Le défunt, âgé de 21 ans, était le fils de Mme et M. Marcel Colinet, adjudant tombé en 1940.
Dès l’âge de 7 ans, Hubert fut placé à l’école militaire d’Aix-en-Provence comme enfant de troupe, ainsi que son frère, son aîné de deux ans. Une très belle carrière s’ouvrait donc devant lui, puisqu’à 18 ans, il avait déjà les galons de sergent. Hélas, le destin devait en décider autrement.
A sa maman, ses sœurs et frère, ainsi qu’à toute la famille, nous présentons en cette douloureuse circonstance, nos sincères condoléances.

Mardi 15 avril 1958 (RL)
Sociétés patriotiques
Les différentes associations patriotiques et sociétés locales, dont les responsables se sont réunis samedi, ont décidé de prier leurs membres d’assister aux manifestations prévues à l’occasion du retour du corps du sergent parachutiste Hubert Colinet.
Le porte-drapeau sont en particulier invités à être présents avec leur emblème, cet après-midi, à 15 h., devant l’église.
Demain, pour le service funèbre et l’inhumation, rassemblement à 9 h. 30 devant l’hôtel de ville.
Tous s’associent au deuil de la famille et présentent à la maman éplorée et aux frères et sœurs du disparu, leurs sincères condoléances.

Jeudi 17 avril 1958 (LL)
Le corps du sergent parachutiste Hubert Colinet repose en terre natale
A l’occasion du retour de corps du sergent parachutiste Hubert Colinet mort au champ d’honneur le 25 février 1958 dans la région de Tebessa, un service funèbre a été célébré hier par M. l’abbé Bémer, curé de la paroisse.
Dans les rangs de la très nombreuse assistance, on remarquait notamment la présence de M. Jungling, maire de Woippy, des membres du conseil municipal, de plusieurs parachutistes amis du défunt et du corps des sapeurs-pompiers au complet, commandé par le lieutenant Hubsch.
Dans le chœur, encadrant la dépouille mortelle du sergent Colinet, les drapeaux de sections patriotiques de Woippy, Anciens Combattants, Malgré-Nous, Souvenir Français, Engagés Volontaires, Union Départementales des Combattants, Association des Combattants de l’Union Française, ainsi que ceux de l’association « La Relève » et des sapeurs-pompiers, composaient un émouvant ensemble avec le catafalque recouvert du drap tricolore et les innombrables gerbes qui l’entouraient.
Précédée par les porte-drapeau, par un groupe d’écoliers portant les gerbes, et un para en béret rouge tenant un coussin de velours noir où étaient épinglées les décorations du défunt : croix de la Valeur militaire et médaille de la campagne en AFN, la dépouille mortelle du jeune soldat reçut les honneurs d’un peloton du 6e Train et fut déposée sur un fourgon de secours des sapeurs-pompiers.
Le cortège gagna ensuite le cimetière paroissial où un dernier hommage fut rendu au sergent Hubert Colinet avant que son corps ne soit déposé en terre natale.
A sa maman qui eut déjà la douleur de perdre son mari, tué en 1940, à ses frères et sœurs, ainsi qu’à toute la famille, nous présentons nos condoléances émues.

En haut : Les petits porteurs de couronnes sous la conduite de leur maître, M. Copeaux.
En bas : L’assistance dans le convoi funèbre. (Photos J.-E. A.)

Jeudi 17 avril 1958 (RL)
Tout WOIPPY a fait d’émouvantes obsèques
au sergent-parachutiste Hubert COLINET


L'église de Woippy était trop exiguë pour contenir les nombreux habitants et, parmi eux, quelques personnalités venus là pour assister aux obsèques d'un des leurs : le jeune sergent parachutiste Hubert Colinet, tombé le 25 février dernier, au champ d'honneur, à l'âge de 20 ans, dans la région de Tebessa.

Bon nombre d'amis avaient tenu à marquer leur compassion à la famille Colinet, douloureusement éprouvée pour la seconde fois car, il y a 18 ans, Mme Vve Colinet perdit déjà son mari, tué au début des hostilités de la dernière guerre.
Entouré de conseillers municipaux, M. Jungling, maire de Woippy, apportait en la circonstance le message d'une municipalité endeuillée par la perte de l’un de ses enfants. Toutes les associations patriotiques étaient représentées et dans le chœur de l’église figuraient, de part et d’autre du catafalque, les emblèmes et drapeaux de l’Association des Combattants de l’Union Française, de La Relève, des Anciens Combattants, des Malgré-Nous, des Engagés Volontaires, du Souvenir Français et des sapeurs-pompiers.
Sur un coussin étaient agrafées les décorations du défunt : la Médaille Militaire, Croix de la Valeur Militaire avec palme et Médaille commémorative des opérations en Afrique du Nord.
Dans cette nombreuse assistance notons encore, quelques militaires camarades du sergent Colinet, les enfants des écoles et le corps de sapeurs-pompiers, ayant à sa tête le lieutenant Hubsch.
A l’issue de la messe dite par M. l’abbé Bémer, un détachement en armes du 6e Train rendit les honneurs, au passage du long cortège qui prit le chemin du cimetière.
Le cercueil, précédé des drapeaux des associations patriotiques et d’un jeune parachutiste portant sur le coussin les distinctions du disparu, avait été placé sur un véhicule du corps de sapeurs-pompiers dont les membres, en grande tenue, l’encadraient.
Les enfants des écoles portaient les nombreuses gerbes et derrière suivait la foule.
Le cortège s'ébranla lentement vers la dernière demeure du sergent Colinet. L'émotion planait sur la foule et ce silence constituait le meilleur hommage que les habitants de Woippy puissent rendre à l'un des leurs tombé au champ d'honneur.
En cette douloureuse circonstance, nous renouvelons à Mme Vve Colinet, au sergent-chef René Colinet, frère du défunt, à sa fiancée et à tous les parents et amis de celui-ci, nos bien sincères condoléances.



Lucien MANGENOT

Samedi 23 mars 1958 (RL)
Un enfant du village,
le sergent-chef Lucien MANGENOT,
trouve la mort en Algérie

Lucien MANGENOT
Mort pour la France
(1929-1958)
La population de Woippy a été frappée par la mort survenue en Algérie du sergent-chef parachutiste Lucien Mangenot. C'est en combattant les hors-la-loi dans les environs de El Ouzanne qu'il a trouvé une mort glorieuse le 18 mars. Le sergent-chef Mangenot, âgé de 29 ans, était le fils de M. Louis Mangenot, décédé, et de Mme, née Bermann, qui tient un café-restaurant à St-Rémy. Il était le frère de M. André Mangenot, C.R.S., gendre de M. le Maire, et de M. A. Bermann, de même que le neveu de Mme et M. J. Hubsch, lieutenant du corps de sapeurs-pompiers de Woippy. Lucien Mangenot avait embrassé la carrière militaire. Après avoir fait partie du réseau des F.F.I. Metz-Woippy, en 1944, il choisit la carrière militaire. Il avait fait deux campagnes en Indochine et avait pris part à la bataille de Dien-Bien-Phu, ainsi qu'aux opérations d'Algérie depuis novembre 1954. Il avait également pris part au coup de force du Canal de Suez où il avait été parachuté à Port-Saïd. Sa bravoure lui valut de nombreuses décorations parmi lesquelles la médaille militaire qui lui fut remise le 14 juillet 1956 lors d'une prise d'armes dans la cour des Invalides à Paris. Il reçut, en outre, la médaille des T.O.E. et la croix de la Valeur militaire, toutes deux avec palmes et étoiles.
A toute la famille si cruellement éprouvée, nous adressons en ces douloureuses circonstances, nos condoléances sincères.

Vendredi 24 avril 1958 (LL)

Devant le cercueil, M. Jungling, maire, adresse un dernier adieu
à celui qui fut son compagnon dans les F.F.I. (Photo J.-E. A.)

Hier matin a été célébré en l’église de Woippy, par M. l’abbé Bémer, curé de la paroisse, un service funèbre à l’occasion du retour de corps du sergent-chef Lucien Mangenot, tombé le 18 mars en Algérie, alors qu’il participait à une opération avec un groupe du 2e Régiment de Parachutistes Coloniaux.
Au premier rang de la nombreuse assistance, on notait la présence de M. Jungling, maire de la commune, des membres du conseil municipal, du commandant Walton, commandant la CRS 71 ; du capitaine Schuler, de l’officier de police Speck et d’une délégation de CRS, venus témoigner leur sympathie au frère du défunt, le brigadier André Mangenot, appartenant au peloton motocycliste de la CRS et à sa famille.
A la sortie de l’office, un peloton du 2e Génie rendit les honneurs et la dépouille mortelle fut déposée sur un fourgon des sapeurs-pompiers. Le cortège, en tête duquel se trouvaient les enfants des écoles portant les gerbes, les drapeaux des sociétés patriotiques environnantes, un jeune parachutiste porteur du coussin où étaient épinglées les décorations du sergent-chef, au nombre desquelles figuraient la Légion d’honneur, la Médaille militaire et la Croix de la Valeur militaire, gagna lentement le cimetière.
Avant que le corps de Lucien Mangenot ne soit déposé dans sa terre natale, M. Jungling fit l’éloge funèbre du défunt, rappelant ses innombrables mérites.
Certains souvenirs furent également évoqués, notamment ceux de l’époque où M. Jungling commandait un groupe de FFI, auquel Lucien Mangenot appartenait bien qu’âgé de 16 ans. Les drapeaux saluèrent une dernière fois Lucien Mangenot, tandis que la foule lui rendait un ultime hommage.
En ces douloureuses circonstances, nous renouvelons à sa famille nos sincères condoléances.

Vendredi 25 avril 1958 (RL)

Au cimetière pendant l'allocution de M. Jungling.

Pour la deuxième fois en ce mois d'avril, les habitants de Woippy ont accompagné jusqu'à sa dernière demeure, l'un des leurs, tombé au Champ d'Honneur, le sergent-chef Lucien Mangenot, décédé le 18 mars dernier, en Algérie.

Le grand nombre d'amis de la famille et du défunt put à peine trouver place en l'église paroissiale, plus que comble.
Entouré de ses conseillers, M. Jungling, maire de la localité, témoignait, par sa présence, de la part que prend la municipalité dans ce nouveau deuil.

Les associations patriotiques étaient largement représentées et leurs emblèmes figuraient de part et d'autre du catafalque ; les Combattants de l'Union Française, la Relève, les Anciens Combattants, les Malgré-Nous, les Engagés Volontaires, les drapeaux du Souvenir Français et des Sapeurs-Pompiers, d'autres encore. Dans la nombreuses assistance, signalons encore quelques militaires, les enfants des écoles et le corps des Sapeurs-Pompiers en grande tenue, conduit par le lieutenant Hubsch.
L'abbé Bémer, curé de Woippy, officiait et à la fin de la messe, un détachement rendit les honneurs alors que le cortège prenait le chemin du cimetière.
Le cercueil était précédé des drapeaux des associations patriotiques ainsi que des enfants portant les couronnes. Les pompiers encadraient la dépouille mortelle que suivait un jeune parachutiste portant les décorations du défunt : la Légion d'Honneur, la Médaille Militaire, la Croix de Guerre des T.O.E., la Croix de la Valeur Militaire avec palme et les Médailles commémoratives des opérations d'Indochine et d'Afrique du Nord.
Avant que le cercueil soit mis en terre, M. Jungling prononça l'éloge funèbre du disparu. Il rappela d'abord brièvement les combats d'El Ouzane où le sergent-chef Mangenot devait trouver une mort glorieuse à la tête d'une section du 2e Régiment de Parachutistes Coloniaux. La carrière du disparu se résume en campagnes glorieuses au service du pays ; le jeune F.F.I. de la section de Woippy n'avait que 16 ans et en 1946 Lucien Mangenot s'engageait au 5e Chasseurs d'Afrique. Après deux séjours en Indochine où il fut notamment parachuté à Dien-Bien-Phu, il rejoignit l'Algérie à l'issue d'un bref séjour en France.
A Port-Saïd, il mérita sa Médaille Militaire à titre exceptionnel, que le Président du Conseil lui remit le 13 juillet 1957. Enfin, il connaît la mort glorieuse des héros.
Une foule émue écoutait les paroles du maire ; une nouvelle famille de Woippy est cruellement frappée par la disparition d'un des siens.
En cette pénible circonstance, nous renouvelons aux parents du disparu nos très sincères condoléances.

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Copie de la lettre expédiée à la maman de Lucien Mangenot
annonçant la mort de son fils

S.P. 86 704 - Le 24 mars 1958

Madame,

    J’ai le très grand regret de vous confirmer la mort au combat de votre fils, le Sergent Chef Lucien MANGENOT.
    Le 18 mars 1958, vers douze heures, au sud de TABLAT (Algérois), la première Compagnie qui venait d’accrocher et de mettre en fuite un groupe de rebelles, se portait sur un mouvement boisé et recouvert d’une végétation dense, dont la conquête devait permettre une exploitation plus complète des résultats déjà obtenus.
    La section que commandait votre fils fut attaquée à courte distance par un fort parti rebelle, bien armé. A la tête de ses hommes, comme toujours, il arrêta l’adversaire et contre-attaqua violemment, bousculant un adversaire très supérieur en nombre.
    Malheureusement il devait payer cette victoire de sa vie. Alors qu’il réduisait les dernières résistances adverses, il fut frappé par une rafale d’arme automatique et il mourut sans souffrances au milieu de ses hommes dont il avait conquis l’estime et l’admiration par son courage au-dessus de tous les éloges.
    Le corps de votre fils a été transporté à Alger où s’est déroulée la cérémonie des obsèques des morts du régiment le 21 mars 1958. Au cours de cette cérémonie le Colonel commandant le deuxième Régiment de Parachutistes Coloniaux attribuait à titre posthume à votre fils, la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur et la Croix de la Valeur Militaire avec Palme, distinctions que je me ferai un devoir de vous faire parvenir prochainement.
    En opération, au même moment, quand je fis l’appel des morts, tous pensaient à l'immensité du vide qui existait désormais, car nous venions de perdre cinq des meilleurs d'entre nous… à « leurs » regards résolus je sentais qu’au delà de la mort votre fils continuait dans sa compagnie sa mission de chef et d’Exemple.
    Puisse dans votre grande douleur savoir que nous ne l’oublierons pas, être d'une quelconque consolation.
    Au nom de tous les hommes et gradés de la première Compagnie et en mon nom personnel je vous exprime mes sincères condoléances.
    Me tenant à votre entière disposition, je vous prie de croire, Madame, à l'expression de mes sentiments très attristés.

Capitaine Gildas LEBEVRIER
S.P. 86 704

( Archives de la famille MANGENOT )



Eloge funèbre prononcée par M. Ferdinand JUNGLING, Maire de Woippy.

    Dans la matinée du 18 mars dernier, les bérets bleus du 2e Régiment de Chasseurs Parachutistes stoppaient l'avance des fellaghas qui refluèrent dans la vallée de l'Oued Isser.
    C'est dans cette région, aux environs d'Elouzane que le 2e Régiment de Parachutistes Coloniaux était en position de combat. Entre 13 et 19 heures plusieurs unités durent lancer trois assauts successifs ; voici le compte-rendu donné après le combat :
    « Galvanisés par l’exemple des quatre jeunes chefs de section tombés au cours de l’assaut, les hommes de cette section, dont une vingtaine originaires de Moselle et dont la conduite fut admirable, exterminèrent la bande de rebelle qui laissa 170 morts sur le terrain et de nombreuse armes automatiques dont cinq mitrailleuses.
Nos pertes : 9 morts dont les sous-lieutenants de SAINT-SALVI et Gérard SAMPRE, les sergents-chefs Lucien MANGENOT et Félix ORSINI ».

    Ce fait d’armes faisait perdre à l’armée 9 de ses meilleurs soldats et à Woippy, son troisième fils tombé en Algérie.

    Lucien MANGENOT était né à WOIPPY le 4 février 1929 et âgé à peine de 5 ans quand il perdit son père. Il a fréquenté l'école communale et il avait 11 ans lorsque après les jours sombres de juin 1940 il dut, comme tant d’autres, subir la présence de l’occupant. Issu d’une famille de patriotes, malgré les malheurs de la France, il n'a jamais désespéré et attendait confiant des jours meilleurs. Enfant encore, il fait de la résistance à l'ennemi et en 1944, nous le trouvons dans le groupe de WOIPPY des Forces Françaises de l'Intérieur, dont il est le plus jeune FFI.
    A 18 ans, il contracte un engagement de cinq ans. L'Armée le conduit d'abord en 1947 occuper la zone française en Allemagne. En 1948, il part pour l'Indochine. Il retrouve la France en 1950 et est envoyé en garnison à MONT-DE-MARSAN.
    Mais il appartient à cette belle armée coloniale qui aime barouder et où l'héroïsme est monnaie courante ; la vie de caserne lui devient par trop monotone.
    Il renouvelle son engagement et c'est un nouveau départ pour l’Indochine. Il n'en revient qu'en 1953 après avoir glané plusieurs citations, notamment à DIEN BIEN PHU.
    En 1954, c'est la bagarre en Algérie qui l'attire ; il y restera jusqu'à sa disparition, le 18 mars 1958, sauf une courte absence, pour aller prendre part à l'affaire du canal de SUEZ. Il saute en parachute avec la première vague de son unité à Port Fouad et progresse rapidement le long du Canal de Suez jusqu'à Ismaila ; c'est de cette région qu'il rebrousse chemin, la mort dans l'âme, obligé d'obéir aux ordres de repli. Une citation à l'ordre de l'Armée, une nouvelle palme sur sa croix de guerre nous prouve que là aussi il a fait tout son devoir de soldat.
    Le sergent-chef MANGENOT était un soldat remarquable, tant par son esprit de discipline et de dévouement que par sa simplicité et sa grande modestie ; ce n’est qu’après sa mort, que les siens ont connu les distinctions dont il avait été l’objet ; blessé en Extrême-Orient, il n’en avait jamais fait part à personne.
    Bon chef et excellent camarade, il possédait avec l'estime et la confiance de ses chefs, l'amitié et le dévouement de ses subordonnés.
    C'est lors d'une prise d'Armes dans la cour des Invalides à Paris le 14 juillet dernier, qu'il avait reçu des mains d'un grand chef, le Général MASSU, la médaille militaire. Après sa mort, la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur lui était décernée à titre posthume. Hier encore, quelques heures avant le retour de son corps, les siens recevaient une nouvelle citation à l'ordre de la Division, méritée un mois avant sa disparition, ainsi conçue :
    « Jeune chef de section, dynamique et agressif, dont la valeur s'est particulièrement affirmée au cours des combats du 24 février 1958 au sud de Tablat, Algérie. A attaqué résolument à la tête de sa section et forcé au combat rapproché une unité rebelle qui prenait dangereusement à partie sa compagnie, lui causant des pertes sensibles et récupérant huit armes de guerre ».

    Nous adressons à sa famille et tout particulièrement à sa mère et à ses frères, victimes d'un si grand malheur, l'expression de notre douloureuse tristesse et nos condoléances émues.
    Qu’ils conservent pieusement les reliques sacrées : Légion d'Honneur, Médaille Militaire, les croix et médailles et toutes ses distinctions, que la nation offre à ses glorieux enfants et qu'ils trouvent dans leur symbole un adoucissement à leurs peines.

    Mon cher Lucien, WOIPPY perd en toi un de ses fils les plus glorieux, qui laisse à notre jeunesse un sublime exemple de courage et de patriotisme. Nous garderons fidèlement ton souvenir, celui d'un garçon droit, loyal et infiniment serviable, d'un soldat d'élite qui possédait les plus belles qualités militaires.
    Dors en paix et que la terre de notre Lorraine que tu aimais tant, te soit douce et légère, en attendant le dernier rassemblement la-haut dans la céleste patrie.

( Archives de la famille MANGENOT )



La plaque souvenir sur la tombe de Sergent-chef Lucien MANGENOT

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